Le dimanche matin, chez moi, on remplissait le ticket du tiercé au stylo bille, accoudé au zinc du café-tabac, entre un petit noir et le journal hippique plié en quatre. Le patron connaissait nos manies, nos chevaux fétiches et nos superstitions. On repartait avec un bout de papier tiède sorti de la machine, et on attendait l'arrivée à la radio.
Aujourd'hui, on me demande souvent ce que je pense de Roobet, ce site de jeu en cryptomonnaie dont parlent les streamers. J'ai donc regardé de près, avec mes yeux d'ancien, et je vous raconte ce que j'ai vu sans rien embellir.
Une chose d'abord. Ce site n'est pas ouvert aux joueurs français, et je vais expliquer pourquoi.
Qu'est-ce que Roobet casino, au juste ?
C'est une plateforme récente. Elle a été lancée par des joueurs passionnés, et elle appartient à la société Raw Entertainment B.V., basée à Curaçao, avec un agent de paiement à Limassol, à Chypre. On y trouve un casino, un espace de paris sportifs et une communauté qui se fait appeler les Roobettors, avec un kangourou violet en guise de mascotte.
Le site affiche plus de dix milliards de paris traités. Pour un vieux parieur, le chiffre donne le tournis, car au café on comptait les tickets du jour sur les doigts d'une main ou presque.
Pourquoi un joueur français ne peut-il pas s'y inscrire ?
La réponse tient en une phrase. Roobet travaille sous une licence offshore délivrée par le gouvernement de Curaçao, et cette licence n'est pas reconnue par l'ANJ, l'Autorité Nationale des Jeux qui encadre le jeu en ligne chez nous.
En France, les casinos en ligne ne sont tout simplement pas légaux. L'ANJ agrée des opérateurs pour les paris sportifs, les paris hippiques et le poker, et rien d'autre. Le site lui-même indique ne pas être accessible directement depuis la France, ce qui a le mérite de la franchise. Je ne vous conseillerai jamais de contourner cette barrière : un litige avec un opérateur de Curaçao se règle loin de chez vous, sans recours auprès d'une autorité française.
À quoi ressemble la salle de jeux, comparée à un vrai casino ?
Je me souviens du casino d'Enghien, des jetons qui claquaient sur le tapis vert et du croupier qui annonçait les numéros d'une voix posée. Sur le site Roobet, l'ambiance est tout autre : un fond sombre, du violet partout, des menus qui défilent et plus de 7 000 jeux, dont environ 6 500 machines à sous.
On y retrouve des noms connus. Sweet Bonanza et Gates of Olympus viennent de Pragmatic Play, tandis que les tables en direct sont fournies par Evolution et Pragmatic Play Live, avec plus de 500 salles où l'on joue à la roulette, au blackjack, au baccarat ou à Crazy Time.
Le plus curieux reste les Roobet Originals, des jeux maison comme Crash, Mines, Plinko, Towers ou Mission Uncrossable. Ils sont dits « provably fair », c'est-à-dire que chaque tirage peut être vérifié par une preuve cryptographique. Au casino d'antan, on faisait confiance au croupier et à l'inspecteur de jeux qui surveillait la table, alors qu'ici la confiance passe par un calcul que l'on peut refaire soi-même.
Et les paris sportifs, ça tient la comparaison avec le comptoir ?
Sur le papier, l'offre est très large. On parie sur le football, de la Ligue 1 à la Champions League, sur le tennis avec Roland-Garros et Wimbledon, sur la NBA, sur l'UFC, et même sur l'e-sport avec Counter-Strike 2 ou League of Legends. Les courses de chevaux figurent dans la liste, mais elles n'ont rien de l'ambiance d'un hippodrome de province.
Les cotes s'affichent au format décimal, comme sur nos tableaux de PMU, ou dans une demi-douzaine d'autres formats. Il existe un Bet Builder pour composer ses combinés et des statistiques en direct, ce qui aurait fait rêver mon voisin de comptoir qui notait les résultats dans un carnet à spirale.
Pour moi, il manque la voix du commentateur et le brouhaha quand le favori se fait passer dans la dernière ligne droite.
Où sont passés les bonus de bienvenue ?
Voilà une vraie surprise. Le site ne propose pas de bonus d'inscription classique, du genre « cent pour cent sur votre premier dépôt ». Il mise plutôt sur le rakeback, une part de vos mises qui vous revient au fil du jeu.
Le système compte quatre rythmes. Le rakeback instantané se réclame toutes les trente minutes, avec une moitié versée tout de suite et l'autre moitié placée dans un coffre appelé Vault. Les versions quotidienne, hebdomadaire et mensuelle suivent, et le tout monte sur trente niveaux. Le club VIP, lui, fonctionne uniquement sur invitation.
Côté sport, deux offres m'ont fait sourire. La NBA Halftime Insurance rembourse jusqu'à 100 dollars en pari gratuit si votre équipe mène à la mi-temps puis perd le match, et la Premier League Bore Draw fait de même quand une rencontre se termine sur un triste 0-0. Il y a encore les RooSpins, des tours gratuits d'une valeur d'un dollar chacun, à utiliser sous sept jours.
Comment l'argent circule-t-il sur ce site ?
Ici, tout tourne autour de la cryptomonnaie. Le site accepte onze monnaies numériques, dont le Bitcoin, l'Ethereum, l'USDT et le Dogecoin, et il propose de les acheter directement depuis la caisse avec une carte Visa ou MasterCard. L'euro fait partie des devises prises en charge, et la conversion vers la crypto se fait en arrière-plan.
Les retraits passent par la crypto, souvent en quelques instants une fois la vérification d'identité faite. Les frais de réseau varient selon la blockchain choisie.
Je repense aux billets froissés que l'on glissait sous le guichet. Chez les opérateurs agréés par l'ANJ, on paie par carte bancaire, PayPal ou Paysafecard, en euros, avec des règles françaises derrière chaque transaction, et c'est un détail qui compte le jour où quelque chose coince.
Le site protège-t-il ses joueurs ?
Sur ce point, je ne veux pas être injuste. Le programme Roo Responsibility propose des limites de dépôt, une pause de 24 heures et une auto-exclusion qui va d'une journée à cinq ans, ou même pour toujours. On peut choisir de s'exclure seulement du casino ou seulement des paris sportifs.
La connexion est chiffrée et la double authentification existe. Le chat en direct répond jour et nuit, et une version française du site est disponible. Au comptoir, le patron savait vous dire « ça suffit pour aujourd'hui », et je trouve ces outils plus froids, mais ils ont le mérite d'exister.
Que reste-t-il au parieur français ?
J'ai mis bout à bout ce que j'ai vu. Le catalogue est immense, les jeux maison sont vérifiables et le rakeback change agréablement des bonus à conditions interminables. Le sport est vaste, l'e-sport compris. Seulement, la licence vient de Curaçao, l'ANJ ne la reconnaît pas, et le site se ferme lui-même aux joueurs de France.
Mon conseil d'ancien est simple. Si l'envie de parier vous prend, restez sur les paris sportifs, hippiques et le poker des opérateurs agréés, en gardant de petites mises, comme on le faisait le dimanche avec deux euros sur un tiercé.